Les personnages



Les personnages de La Flûte enchantée : petits portraits.


La Flûte enchantée est un conte. Les oppositions traditionnelles entre les personnages des élus (Tamino/Pamina), des non initiés (Papageno), des sages (Sarastro, les prêtres) et de leurs ennemis (la Reine de la Nuit, les Trois Dames, Monostatos), sont fondées d’un point de vue dramaturgique, même si cela n’empêche pas de les voir sous un éclairage un peu différent. Voici quelques croquis sommaires – et personnels – à la manière de ceux que l’on destinerait, par exemple, à un petit théâtre de marionnettes.



Papageno : Personnage pataud et comique, créé pour le librettiste, l’oiseleur est l’héritier des Kasperl et autres Hanswurst du théâtre populaire viennois dont il garde un léger accent. Ce « Monsieur je sais tout » – qui ne sait rien – a pour attribut une flûte de Pan, charmeuse d’oiseaux (il usera accessoirement d’un carillon magique). D’une certaine manière, il est au centre de l’opéra : son initiation ratée, voire parodique, relativise la gravité du parcours du couple Tamino/Pamina et la solennité d’un propos qui ainsi reste toujours humain et accessible. Gaffeur et couard, profondément amoureux de la vie et de sa Papagena, sa personne emplumée et ses airs faciles à mémoriser rehaussent de couleurs chamarrées les jeux sévères d’ombre et de lumière qui nouent le drame.


Tamino : Le jeune homme est amoureux de la princesse Pamina. On admire sa belle prestance, sa grande sensibilité, sa fermeté dans l’épreuve, ses airs sublimes. Il fait pourtant une entrée inattendue en s’évanouissant devant un serpent qui le poursuit. Ce n’est évidemment pas le serpent qui l’effraie, mais ce qu’il symbolise. Les Trois Dames sauvent le Jeune Prince pour mieux tromper son innocence et l’assujettir au pouvoir de la Reine de la Nuit. Ce n’est qu’une fois dans le Temple qu’il comprendra qu’il a été trompé, signe du succès de son initiation. C’est sur cette initiation de Tamino et de Pamina – et corollairement sur celle du public – que repose tout le drame.
Son attribut, une flûte traversière. Au fur et à mesure du déroulement de son initiation, il va en découvrir tous les sortilèges : elle charme les animaux de la forêt et l’aidera à traverser les terribles épreuves de l’Eau et du Feu et aura ainsi contribué à rendre le monde meilleur.


Pamina : Objet des convoitises les plus nobles (Tamino) autant que des plus viles (Monostatos), elle est la récompense de l’initiation réussie de Tamino.
Un portrait remis à Tamino par les Trois Dames nous la décrit à travers le regard de Papageno : yeux noirs, lèvres rouges et cheveux blonds.
Elle découvre son bien-aimé dans une scène particulièrement dramatique, pour être séparée de lui et enfin pour le retrouver et accomplir les ultimes épreuves de purification.
Fille de la Reine de la Nuit, elle est déchirée entre son amour filial et son amour pour Tamino. Elle mène activement son cheminement vers la sagesse, entraînant Tamino derrière elle dans les dernières épreuves. Mozart lui a réservé les airs les plus sensibles, frémissants, parfois désespérés, montrant une grandeur et une fermeté d’âme qui préfigurent les qualités des héroïnes des débuts du romantisme (la Léonore de Beethoven ou l’Agathe du Freischütz).


Papagena : Elle apparaît assez tard dans l’opéra dans un rôle comique (travestie en vieille femme, y compris vocalement) pour finir par un magnifique duo d’amour avec Papageno (le seul véritable duo d’amour de l’opéra). Le second prêtre l’avait promise à Papageno s’il réussissait ses épreuves. Ce n’est pas le cas et elle lui apparaît donc sous la forme la moins séduisante qui soit. L’amour la métamorphosera pourtant en belle oiseleuse. Un rôle à la fois tendre et facétieux.








Le père et la mère : Sarastro et la Reine de la Nuit. On peut les voir eux aussi à travers le regard de l’enfance.

Sarastro : Les apparences laissent croire qu’il est néfaste, son autoritarisme et sa rigueur, son homme de main Monostatos, tout semble indiquer qu’il appartient au camp des méchants. Mais son enseignement, qui conduit Tamino et Pamina vers la vérité, fait peu à peu apparaître sa profonde sagesse et sa grande bonté. Il finit d’ailleurs par se détacher de Monostatos et par le condamner.







Monostatos : un Maure à la couleur d’un « spectre tout noir », comme l’indique le livret. Il n’a qu’une obsession, posséder Pamina. L’Osmin de l’Enlèvement au Sérail n’est pas si loin. Grotesque et libidineux, il disparaîtra dans les enfers avec sa nouvelle maîtresse, la Reine de la Nuit.










La Reine de la Nuit : pour mieux tromper l’innocence de Tamino, Papageno et Pamina – tout comme celle du public -, elle apparaît bonne et protectrice au début de l’opéra. La connaissance dispensée par l’initiation permettra aux jeunes gens de se libérer de cette dangereuse marâtre, manipulatrice, nuisible et vouée aux enfers ; non sans qu’elle ait pu au passage nous gratifier de quelques airs vengeurs et furibonds, proches de la folie. Aucune « drama queen » n’a eu de si terribles airs dans toute l’histoire de l’opéra.
Émanation de sa volonté, les Trois Dames la secondent dans sa tâche.


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Ce blog est mis en ligne à l occasion de la parution de La Flûte Enchantée de Mozart, dans la version de René Jacobs, qui paraitra le 7 octobre chez harmonia mundi. Découvrez le, nous serons très heureux de lire vos commentaires !